Pour commencer, qu’est-ce que le syndrome du nid vide, et est-ce que tous les parents y sont confrontés de la même manière ?
Le syndrome du nid vide correspond au moment où les enfants quittent le domicile familial et où les parents se retrouvent seuls, ou à deux. C’est une période qui peut être vécue de manière très différente selon les personnes et leur histoire.
Il y a d’abord un sentiment de vide : les repères changent et les parents peuvent se demander ce qu’ils vont faire de tout ce temps désormais libéré. C’est aussi un moment d’interrogation sur la suite : comment va-t-on vivre maintenant que les enfants ne sont plus là ?
Personne n’est complètement indifférent à cette étape, mais chez certains parents, notamment chez certaines mères, elle peut provoquer une grande tristesse, voire un véritable épisode dépressif, avec de l’anxiété, une perte d’estime de soi ou le sentiment de ne plus être utile. Plus les parents ont investi exclusivement leur rôle parental, en faisant de leurs enfants leur priorité absolue, plus cette transition peut être difficile.
Quels sont les signes qui doivent alerter ?
Cela peut commencer par de la tristesse, qui peut parfois aller jusqu’à la dépression. Certains parents n’ont plus goût à rien, perdent leur intérêt pour les activités qu’ils appréciaient auparavant, pleurent davantage ou ont le sentiment que les choses ne seront plus jamais comme avant.
Cette période peut aussi être plus difficile lorsqu’elle coïncide avec d’autres changements importants dans la vie : le départ à la retraite, une séparation ou encore la ménopause, par exemple. Plusieurs bouleversements peuvent alors se cumuler.
Quand un enfant quitte le domicile, qu’est-ce que cela peut changer dans l’identité et le rôle des parents ?
Pendant des années, les parents ont organisé une grande partie de leur vie autour de leurs enfants. Lorsque ceux-ci partent, ils doivent donc retrouver une place différente. La question peut devenir : « Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? »
C’est aussi l’occasion de se rappeler que les enfants ne sont pas faits pour rester auprès de leurs parents toute leur vie. Leur départ est justement le signe qu’ils ont grandi et qu’ils sont capables de construire leur propre vie.
Il faut pouvoir leur faire confiance. Si un enfant part le cœur léger, c’est aussi que ses parents ont probablement fait leur travail : ils lui ont donné les bases nécessaires pour devenir autonome.
Les enfants quittent parfois le domicile familial plus tard qu’avant. Est-ce que cela change la manière dont les parents vivent cette étape ?
Cela peut effectivement rendre les choses différentes. À un moment donné, on se rend compte que les parents et les enfants ne sont pas forcément faits pour vivre ensemble indéfiniment. Et ce n’est pas toujours de gaieté de cœur que les jeunes restent longtemps chez leurs parents.
Dans certains cas, cela peut même rendre le départ plus simple lorsque tout le monde sent que le moment est venu. Il existe toutefois des situations plus problématiques, notamment lorsque le jeune reste chez ses parents parce qu’il a peur de les laisser seuls.
Les parents doivent alors pouvoir lui dire qu’il peut partir sans s’inquiéter pour eux. Lui montrer qu’ils sont capables de vivre sans lui est aussi une manière de l’aider à devenir autonome.
Est-ce que le départ des enfants peut révéler des difficultés qui existaient déjà dans le couple ?
Oui, évidemment. Les enfants prennent beaucoup de place dans la vie familiale et peuvent parfois faire écran aux difficultés du couple. Plus un couple est fragile, plus les enfants peuvent occuper une place importante et devenir, parfois, le principal sujet de communication entre les deux parents.
Lorsque les enfants partent, le couple se retrouve donc davantage face à lui-même. Cela peut être l’occasion de se demander ce que l’on veut pour la suite et de retrouver une relation à deux. Mais cela peut aussi conduire certains couples à prendre conscience qu’ils n’ont plus de projet commun.
Cette situation est peut-être plus fréquente aujourd’hui parce que les femmes disposent de davantage d’indépendance et peuvent plus facilement décider de mettre fin à une relation qui ne leur convient plus.
Le syndrome du nid vide est-il différent pour un parent seul ?
Oui, la situation peut être particulière. Un parent seul a souvent beaucoup investi dans ses enfants. Pour un parent veuf ou dont le conjoint est parti, le sentiment peut être encore plus fort : il peut avoir l’impression d’avoir consacré toute son énergie à ses enfants et de les voir ensuite partir avec une certaine légèreté. Cela peut alors être vécu comme une forme d’ingratitude, même si, bien sûr, ce n’est pas ce que les enfants cherchent à exprimer.
La situation peut également être particulière lorsque l’on a un enfant unique, puisque celui-ci occupe une place très importante dans la vie du parent. Mais cela ne signifie pas pour autant que les enfants uniques sont moins autonomes : ils peuvent avoir, dès leur enfance, une vie sociale riche, notamment grâce aux vacances chez les grands-parents, aux colonies ou aux activités avec d’autres enfants.
Comment trouver la bonne distance avec son enfant lorsqu’il devient autonome ?
C’est aujourd’hui une difficulté importante pour certains parents : réussir à lâcher suffisamment. Il peut être tentant de continuer à intervenir dans la vie de son enfant, de donner son avis sur tout ou de vouloir rester constamment présent.
Appeler son enfant tous les jours, par exemple, peut être excessif. Il faut lui montrer que si on le laisse partir, c’est justement parce qu’on lui fait confiance. Il est devenu adulte, il est capable de faire ses propres choix.
Laisser partir son enfant ne signifie pas rompre le lien. Il s’agit plutôt de trouver une nouvelle manière d’être parent, avec davantage de distance mais toujours une relation affective forte.
Quels conseils donneriez-vous aux parents pour traverser cette période et en faire une nouvelle étape de vie ?
Il faut essayer d’anticiper cette étape et de ne pas attendre que les enfants soient partis pour se demander ce que l’on va faire de sa vie. Il est important d’avoir des projets à soi : reprendre une activité sportive, revoir des amis, réfléchir à un projet professionnel ou simplement prendre le temps de faire des choses que l’on avait mises de côté.
Il ne faut surtout pas s’enfermer chez soi. Cette période peut être l’occasion de retrouver une vie sociale, de faire un bilan professionnel ou de développer de nouveaux centres d’intérêt.
Je conseille également de rendre le départ de l’enfant joyeux. On peut organiser une fête, célébrer cette nouvelle étape et en faire un moment symbolique. Nous avons aujourd’hui assez peu de rituels pour marquer les différentes étapes de la vie. Pourtant, célébrer le passage d’un enfant vers l’autonomie peut aider toute la famille à vivre ce changement positivement.
Et les pères dans tout cela ? Vivent-ils cette étape différemment ?
Traditionnellement, les pères semblaient davantage vivre le départ des enfants comme un « devoir accompli » et pouvaient même être plutôt réjouis de cette nouvelle étape. Cela s’explique notamment par le fait que la charge mentale et l’organisation du quotidien des enfants reposaient encore beaucoup sur les femmes.
Mais les choses évoluent. Les nouvelles générations de pères sont davantage impliquées dans la vie quotidienne et l’éducation de leurs enfants. Il sera donc intéressant de voir si, avec cette évolution, leur manière de vivre le départ des enfants se rapproche davantage de celle des mères.