Mut’Info Bretagne #46

Illustration de Jeanne Sterkers.

Devenir parents…

Le saviez-vous ? Depuis le 1er juillet 2026, chaque nouveau parent peut bénéficier du congé supplémentaire de naissance. Il s’agit d’un nouveau droit, instauré par la loi de financement de la sécurité Sociale 2026, permettant aux parents de bénéficier d’un ou deux mois de congé indemnisé en plus de leur congé de maternité, de paternité ou d’adoption-[1]. Et cette disposition de la loi nous plait beaucoup. Voici pourquoi : Elle invite, tout d’abord , à reconnaître l’importance fondamentale des mille premiers jours de la vie, période qui s’étire du 4eme mois de la grossesse aux deux ans de l’enfant, importance soulignée par de nombreuses études scientifiques. Tout (ou presque) se joue là : le développement de l’enfant, physique, affectif, relationnel et social en lien direct avec la qualité de son environnement. Et nous voyons donc, dans ce temps supplémentaire accordé aux parents, la possibilité élargie pour ces nouveaux parents de se renseigner, d’être accompagnés, aidés et de réduire donc les différentes formes d’inégalités qui ne demandent qu’à prospérer sur cette période.

Cette disposition de la loi nous plaît aussi car, elle sous-entend donc que la parentalité ne se décide pas, ne se donne pas d’emblée mais se construit et a besoin de temps pour cela. Combien de parents sont perdus lors de la naissance de leur enfant, ne comprennent pas bien ce qui leur arrive, vont même parfois jusqu’à regretter d’avoir mis au monde ce petit être ; alors même qu’il était désiré. Non, tout n’est pas forcément idyllique dans cet événement, l’accouchement peut être douloureux et l’amour ne pas venir automatiquement, ni systématiquement. Nous commençons aujourd’hui à nous familiariser avec la notion de post partum[2]. Il faut du  temps pour devenir mère, du temps aussi pour renoncer à l’image de la mère idéale, parfaite, à l’origine de tant de souffrances.  Ce congé supplémentaire nous semble pouvoir aider à cette réflexion et à ce cheminement sur le sentier de la parentalité, pour la mère bien sûr, mais aussi pour le père.

Cette disposition nous réjouit enfin car le congé supplémentaire accordé n’est pas réservé à la seule femme et participe de ce grand mouvement de recherche d’égalité entre homme et femme. La natalité n’est pas qu’un bonheur – ou un problème -féminin. Le père a un rôle à jouer, doit aussi trouver sa place dans cette famille en construction. Avec l’espoir que le temps de congé supplémentaire permette aussi à ce  père de créer ces liens avec son enfant et que la charge mentale de cette grande «  révolution » soit bien  répartie, entre deux personnes.

Mais, bien sûr, cette disposition de la loi, bien qu’essentielle pour favoriser l’émergence d’une parentalité assumée et réfléchie, ne suffit pas à assurer la réussite sur la durée.[3] Le chemin de la parentalité est un chemin semé d’embûches, de soucis (et pas que de grands bonheurs!). La Mutualité Française Bretagne le sait et cherche à accompagner tout le long de cette histoire de la parentalité ses mutualistes : ils  travaillent tôt le matin, finissent tard le soir ? Vive le dispositif Mamhique, un mode d’accueil mutualisé pour des jeunes parents aux horaires atypiques. Ils ne savent comment réagir devant l’usage des téléphones portables et l’addiction aux réseaux sociaux de leurs adolescents ? Des webinaires, des conférences, des moments de discussion leur sont proposés. Et puis, les voilà, plus âgés, devant accepter le départ de leurs enfants sous d’autres cieux, vers  d’autres lieux ? Là encore, ces parents désemparés ne sont pas seuls et peuvent trouver du réconfort dans les webinaires consacrés à ce syndrome du nid vide.

 

Alors, OUI, nous savons saluer des textes législatifs quand ils rejoignent nos préoccupations et nous savons les accompagner pour les inscrire dans un territoire, leur donner sens et leur permettre de se développer. Un bon point donc pour ce congé supplémentaire inscrit dans la loi de financement de la  Sécurité sociale 2026.

Mais  alors NON, nous ne saluons ni n’accompagnons mais condamnons avec la plus grande fermeté (et la plus grande colère) le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 qui prévoit rien moins qu’un transfert de charges de l’assurance maladie vers les mutuelles de …  1, 7 milliard d’euros ! Avec quelle traduction concrète attendue de ce texte sur le territoire ? Une augmentation d’ampleur des cotisations des mutuelles et des actions de prévention revues à la baisse… Cherchez l’erreur … [4]

Corinne Olaondo

Vide-présidente de la Mutualité Française Bretagne

[1] Le montant de ces indemnités est de 70% pour le premier mois et de 60% pour le deuxième .

 

[2] La Mutualité Française Bretagne aide à la connaissance de ce phénomène en proposant, par exemple, des webinaires avec l’intervention de Sophie Andrainsen, autrice de la bande dessinée La Remplaçante « qui traite de ce sujet du post-partum. Le personnel de ses établissements est aussi vigilant quant à l’apparition de ces symptômes chez les pères, phénomène plus fréquent qu’on ne croit ( 10% des nouveaux pères ? )

 

[3]Quand peut-on d’ailleurs parler de « parentalité réussie » ?

 

[4]Et nous ne parlons pas de la menace de mettre fin à la délégation de gestion du régime obligatoire d’assurance maladie aux mutuelles de fonctionnaires!De quoi être vraiment en colère …