Mut’Info Bretagne #43

« Prendre un enfant par la main pour l’emmener vers demain … »

Yves Duteil – 1977 – Album « Tarentelle »

Peut-être vous souvenez-vous de cette chanson d’Yves Duteil, évoquant l’amour inconditionnel entre parent et enfant, qui connut un tel succès, en 1977, qu’elle détrôna même la chanson des Bee Gees en tête des hit-parades ? Sans aucun doute, cette chanson a pris un « coup de vieux ». Nous avons changé d’époque : le taux de natalité de la France en 2025 a ainsi été inférieur au taux de mortalité, pour la toute première fois depuis 1946. De quoi nous faire réfléchir toutes et tous…[1] Les raisons de cette baisse de natalité sont de toute évidence complexes et variées, mais l’une d’entre elles nous semble cependant irréfutable et d’un grand poids : la diffusion d’un sentiment, nommé aujourd’hui l’éco-anxiété, sentiment qui touche tout particulièrement les jeunes[2]. En effet, enfanter est un acte de confiance en l’avenir mais aujourd’hui, cette confiance est entamée : quelle planète demain pour les enfants ? Plusieurs changements en cours sont d’ores et déjà perceptibles, alimentant ce sentiment : fréquence des canicules et des inondations bien sûr, disparition d’espèces animales et végétales, mais aussi – et c’est d’une gravité exceptionnelle – inquiétudes réelles sur nos ressources en eau. Et ces phénomènes n’épargnent personne, ni aucun territoire. Qui aurait dit que la Bretagne serait concernée par cette question de la rareté de l’eau ? C’est pourtant le cas : il nous faut dès aujourd’hui apprendre la sobriété[3]. Et nous ne reviendrons même pas sur la question de sa qualité ![4]

Alors, oui, quand on prend conscience de l’ensemble de ces problématiques appelées à s’aggraver dans le temps, on peut prendre peur, et hésiter à mettre au monde, tel qu’il se présente aujourd’hui, un enfant. Car devenir parent, c’est vouloir offrir à son enfant un environnement dans lequel il est possible de vivre, pas un environnement où simplement survivre. C’est assumer des responsabilités et vouloir respecter des droits que la Convention Internationale des Nations Unies a reconnus aux enfants en 1989[5]. Et parmi ces droits, figure dans l’article 24, celui d’avoir les meilleurs soins de santé possibles, de l’eau potable, de la nourriture saine et de vivre dans un environnement propre et sûr. Peut-être que ce droit est aujourd’hui plus difficile à respecter qu’en 1989 …. et peut-être est-ce la raison pour laquelle le rapport du défenseur des droits de l’enfant de 2024 s’est penché précisément sur cette question. L’annexe 1 de ce rapport de 2024 énonce 20 recommandations[6]. Ces recommandations sont bienvenues, et elles ont le mérite de poser des défis à relever, non pas individuellement mais collectivement. La Mutualité dans son ensemble et la Mutualité Française Bretagne tout particulièrement, tient à jouer un rôle dans ce combat. Elle propose ainsi diverses actions de formation à l’environnement, de sensibilisation à la qualité de l’air intérieur avec des ateliers, pour toutes et tous mais aussi plus particulièrement pour les nouveau-nés,  qui permettent par exemple de repérer les polluants. Elle forme aussi à une alimentation plus saine, espérant favoriser le respect de la biodiversité. N’oublions pas ses différentes actions menées sur la santé mentale (mais l’éco-anxiété est-elle précisément une maladie mentale ?). Elle s’affirme aussi comme une aide à la parentalité en étudiant tout particulièrement les 1000 premiers jours de l’enfant, cette période décisive où tout se noue. Enfin, et ce n’est pas son moindre mérite, la Mutualité Française Bretagne a réalisé son bilan carbone, élabore aujourd’hui un plan d’actions pour réduire ses émissions … et tient à le faire savoir pour que d’autres organismes lui emboîtent le pas !

Alors, complètement dépassée la chanson de Duteil ? Certes, il faudrait, sans nul doute, un nouvel accompagnement, une reprise par Théodora, une diffusion sur Tik Tok, pour figurer en tête des playlists du moment… mais remettre un peu d’amour, de tendresse, de poésie, dans le monde qui nous entoure, cela compte aussi pour le rendre un peu plus désirable, non ?

 

En regardant tout au bout du chemin

Prendre un enfant pour le sien……

 

Corinne Olaondo

Vice-présidente de la Mutualité Française Bretagne

[1]Avouons que nous doutons fort du succès de l’entreprise consistant à envoyer un courrier à chaque jeune de 29 ans

[2]Enquête de 2020 publiée dans la revue Climatic Change ;  environ 60% des américains âgés de 27 à 45 ans s’inquiètent de l’empreinte carbone de la mise au monde d’un enfant . La même enquête a révélé que plus de 96% d’entre eux se disent préoccupés par le bien-être des enfants dans un monde frappé par les conséquences du changement climatique .

[3]«  Apprendre à vivre avec une eau moins abondante » : interview de Pierre Timmerman, animateur du SAGE ( Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux ) Elle-Isole Laïta, p 14- MAGagazine des 16 communes de l’agglomération de Quimperlé Communauté –

[4]Baromètre santé social .( FNMF-AMF)  Novembre 2025 -P 18

[5]  Pour rappel, cette convention a été signée par 196 pays mais pas par les Etats -Unis !

[6]Rapport annuel sur les droits de l’enfant 2024 – Annexe 1 p 50 «  liste des recommandations »