Prendre soin de la santé… et du vivant

Figure engagée du mouvement mutualiste, Jocelyne Le Roux milite depuis plus de vingt ans pour une santé accessible et solidaire. Aujourd’hui, elle alerte sur l’impact croissant de l’environnement sur notre santé et appelle à construire des politiques de prévention qui prennent soin à la fois des personnes et du vivant.

  1. Pouvez-vous présenter le collectif Mutuelles Santé Planétaire et expliquer pourquoi il a été créé ?

Les mutuelles ont toujours été des acteurs d’alerte, de prévention et de protection face aux grands enjeux de santé publique. Elles l’ont montré par le passé, notamment lorsqu’il a fallu reconnaître les conséquences dramatiques de l’exposition à l’amiante : elles ont été parmi les premières à alerter, à accompagner les victimes et à défendre une réponse collective face à un risque longtemps minimisé.

Aujourd’hui, nous faisons face à un défi d’une ampleur comparable. Les liens entre dégradation de l’environnement, exposition aux pesticides, dérèglement climatique et santé humaine sont désormais établis. Pourtant, comme pour l’amiante hier, les réponses restent encore trop lentes alors que les conséquences sont déjà visibles, avec notamment la progression des maladies chroniques.

C’est dans ce contexte qu’est né le collectif Mutuelles pour la santé planétaire : pour alerter, agir davantage en prévention et porter des solutions concrètes qui protègent à la fois la santé humaine et le vivant.

  1. Le terme de “santé planétaire” reste encore peu connu du grand public. Comment le définiriez-vous simplement ?

La santé planétaire, c’est l’idée que notre santé dépend directement de l’état de notre environnement.

L’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, la qualité des sols, la biodiversité, notre alimentation : tout cela influence notre santé quotidienne et à long terme. Quand ces équilibres sont fragilisés, les conséquences sanitaires apparaissent aussi.

La hausse de nombreuses maladies chroniques nous rappelle que prévenir ne consiste pas seulement à mieux soigner, mais aussi à agir sur les conditions de vie et les facteurs environnementaux qui les favorisent.

Ces impacts sanitaires ont aussi des conséquences économiques considérables : plus les maladies chroniques progressent, plus le coût du soin augmente. Préserver l’environnement devient donc aussi un enjeu majeur de santé publique et de soutenabilité de notre modèle solidaire.

  1. Pourquoi les mutuelles ont-elles un rôle particulier à jouer sur ces questions de santé et de nature ?

Parce qu’elles sont au cœur du système de prévention et qu’elles mesurent directement les effets de cette évolution : hausse des besoins de prise en charge, progression des maladies chroniques et inégalités de santé.

Les mutuelles savent qu’on ne pourra pas répondre durablement à ces enjeux uniquement par le soin curatif. Il faut aussi agir en amont.

Elles ont donc un rôle particulier : alerter, sensibiliser, soutenir les démarches de prévention, porter des propositions auprès des pouvoirs publics et contribuer à transformer nos environnements pour réduire les risques sanitaires liés notamment aux pollutions et aux pesticides.

  1. Quelles sont les principales actions ou engagements portés aujourd’hui par le collectif Mutuelles Santé Planétaire ?

Le collectif agit autour de plusieurs priorités très concrètes : sensibiliser aux liens entre santé humaine et environnement, mieux prévenir les maladies chroniques liées aux expositions environnementales, promouvoir les ordonnances vertes, défendre une meilleure reconnaissance et indemnisation des victimes de pesticides, soutenir l’alimentation biologique en restauration collective et encourager une transition agricole qui protège à la fois la santé, les agriculteurs et les écosystèmes.

Avec l’Odyssée pour notre santé 2026, ces engagements prennent une dimension très concrète sur le terrain et à l’échelle européenne : 10 étapes à vélo, 1 000 kilomètres, 5 pays traversés. À chaque étape — de Cambrai à Genève/Lausanne — nous organisons des rencontres avec des professionnels de santé, victimes des pesticides, responsables politiques, associations et acteurs agricoles.

L’objectif est double : faire connaître des solutions concrètes déjà existantes et accélérer les décisions publiques à l’échelle européenne.

  1. Selon vous, comment remettre davantage la nature au cœur des politiques de prévention et de promotion de la santé ?

En reconnaissant pleinement que la prévention passe aussi par la défense de notre environnement.

Préserver les espaces naturels, favoriser une alimentation de qualité, réduire les expositions aux substances toxiques, encourager l’activité en extérieur : ce sont des politiques de santé autant qu’écologiques.

C’est aussi une réponse durable face à la hausse des maladies chroniques : mieux protéger les milieux, c’est souvent réduire les risques avant même qu’ils ne deviennent des dépenses de santé ou des parcours de soins lourds.