Santé mentale, sédentarité, éco-anxiété, précarité, isolement… Les défis auxquels sont confrontés les étudiants sont multiples. À travers leurs regards croisés, Inès, étudiante en médecine, et Véronique Diabonda, coordinatrice prévention de la Mutualité Française Bretagne, évoquent les priorités de prévention et les nouvelles façons d’agir auprès des jeunes.
- Quels constats vous semblent les plus marquants concernant l’état de santé et le bien-être des étudiant.e.s ?
Inès : Pour répondre à cette question, je me base sur le rapport du baromètre de la qualité de vie étudiante 2026, réalisé par l’ANEMF (Association Nationale des Étudiants en Médecine de France). D’après les principaux résultats de cette enquête, la moitié des étudiants présentent un état anxieux et 13% présentent un état dépressif au moment de l’enquête. La prévalence des états anxieux, déjà importants lors du 1er cycle, augmentent considérablement pendant le 2ème cycle.
Un autre constat est à mon sens assez alarmant, 1 étudiant sur 2 est sédentaire.
Véronique : Une récente enquête « Santé mentale des jeunes de l’Hexagone aux Outre-mer. Cartographie des inégalités » réalisée par la FNMF, l’Institut Montaigne et Terram dresse le même constat : un jeune (15-29 ans) interrogé sur 4 présente des symptômes dépressifs, dans un climat d’incertitude et d’anxiété face à l’avenir.
- Quels sont, selon vous, les thématiques prioritaires en matière de prévention des étudiants ? On parle beaucoup d’eco-anxiété, et il semble que la nouvelle génération soit plus sensible aux questions de santé liées à l’environnement. Est-ce une réalité ?
Inès : Au vu des résultats de l’ANEMF, une des thématiques prioritaires serait de réduire l’anxiété chez les étudiants et d’améliorer la santé mentale, mais également de réduire la sédentarité chez les jeunes, par des mesures préventives mais aussi de actions plus concrètes.
L’éco-anxiété est présente dans la nouvelle génération, d’autant plus avec l’été que nous venons de passer et ces canicules à répétition. Cependant, je ne pense pas que ce soit un mal-être qui ne touche que les plus jeunes. C’est un phénomène d’actualité très inquiétant pour la société et l’avenir.
Véronique : Santé mentale, sédentarité, éco-anxiété … sont en effet des sujets prioritaires lorsque l’on parle santé des jeunes. A cela il faut ajouter l’accessibilité des services quels qu’ils soient, la précarité des étudiants, leur isolement … Un combo qui peut nous faire craindre pour la santé des jeunes sur le long terme si rien n’est mis en place.
- Depuis le 1er juillet 2026, le ministère de l’Enseignement supérieur a lancé le 3040, une ligne d’écoute nationale destinée aux étudiants confrontés à des difficultés psychologiques, sociales, administratives ou juridiques. Comment appréhendez-vous ce nouveau service ?
Inès : Je pense que c’est une bonne idée. Reste à voir comment cela est mis en place et ce que propose concrètement ce service (est-ce qu’il redirige vers quelqu’un, ou a-t-on directement un professionnel « au bout du fil »? Est-ce une ligne gratuite ?). Mais dans l’idée, je trouve que c’est une bonne mesure. En revanche, peut-être que pour avoir de réels effets sur le long terme et sur les étudiants, il faudrait mieux agir en amont pour éviter d’arriver à ces difficultés.
Véronique : Il existe en France déjà quelques lignes d’écoute comme Fil santé jeunes (0 800 235 236) ou Nightline (ligne nocturne pour permettre aux jeunes de parler de leur santé mentale). Chacune a son intérêt et l’objectif est bien de toucher le plus de jeunes possibles et de leur permettre d’appeler un dispositif qui leur convient ou avec lequel ils se sentent en confiance. Parler santé mentale, sexualité, addictions … sont des sujets forts et anxiogènes qui justifient que le jeune choisisse son interlocuteur. La ligne 3040 vise plus spécifiquement les étudiants et jeunes actifs et est une ligne d’écoute, d’accompagnement et de signalement des situations de violence, harcèlement ou de discrimination, elle permet une mise en relation avec des psychologues, travailleurs sociaux ou juristes. Ces lignes sont donc complémentaires et gratuites. Accessibles aux étudiants, la santé mentale des jeunes est leur fondement commun, signe que c’est le sujet phare lorsque l’on parle prévention pour les jeunes. Comme pour toute nouvelle ligne ou tout nouvel outil, l’enjeu du 3040 est aujourd’hui de se faire connaitre des jeunes et des partenaires qui travaillent auprès d’eux.
- Véronique, la prévention est un levier essentiel, mais comment toucher efficacement les étudiants, dont les modes de vie et les attentes évoluent rapidement ? Comment la MFB intègre-t-elle l’approche « One Heath » auprès des étudiants qu’elle rencontre ?
Véronique : La MFB va vers les jeunes et intervient directement dans les établissements d’enseignement supérieur à travers des conférences, des ateliers et des actions de sensibilisation portant notamment sur la santé mentale, le bien-être, la protection sociale ou encore la santé des femmes. Pour être entendus, nous nous devons d’être inventifs, nous cherchons ainsi des outils interactifs et ludiques qui vont interpeler les jeunes et leur donner envie de parler santé. Ainsi, nous avons créé un escape game « Silence radio » pour parler santé mentale avec les 15-25 ans. Nous avons aussi co-créé avec le conseil régional une plaquette alimentation pour les étudiant.e.s avec des idées recettes faciles, pas cher et qui plaisent aux jeunes. Nous réinventons nos ateliers et nos messages pour les adapter au public jeune, et surtout, nous les invitions à participer à nos créations.
L’approche One Health est une approche transversale.Aujourd’hui, en prévention, nous nous devons d’avoir une approche globale, One Health devient alors le fil rouge de toutes nos actions de prévention. Ainsi, si nous parlons activité physique et lutte contre la sédentarité, on va associer les mobilités actives par exemple, la qualité de l’air, l’impact de la nature sur notre santé … On ne pourrait plus dissocier l’alimentation de l’agriculture durable, de l’impact social et environnemental de notre alimentation … C’est une façon de penser la prévention que la Mutualité promeut et qui correspond aux valeurs des jeunes, ils l’entendent, ça leur parle.
- Quid du rôle des réseaux sociaux en matière de prévention auprès des étudiants ? Ce levier est-il beaucoup utilisé aujourd’hui ? Si oui, par qui ?
Inès : Je ne saurais dire s’il est vraiment utilisé, mais j’ai pu déjà voir sur les réseaux sociaux des comptes de docteur ou d’étudiants eux-mêmes qui font de la prévention sur la santé, la santé mentale, la sédentarité, la manière d’aborder la pression dans nos études… Je pense que pour la nouvelle génération c’est un vrai pilier et un moyen de transmettre des informations, à condition que cela soit bien fait. Le risque ici, avec les nombreuses informations qui y circulent, est de ne plus savoir discerner le vrai du faux. Les réseaux sociaux peuvent être un pilier de prévention, notamment chez la nouvelle génération, mais aussi un sérieux problème quant à leur consommation et ce que cela peut impliquer, la comparaison, la dépression… Il faut donc prendre le recul nécessaire.
Véronique : On a tendance à beaucoup diaboliser les réseaux sociaux et à parler du temps passé par les jeunes dessus. Il faudrait plutôt s’attacher à savoir ce qu’ils y font et si cela leur fait du bien ou non. S’ils peuvent être facteur d’isolement et de harcèlement, les réseaux sociaux peuvent aussi permettre de trouver facilement des ressources et des personnes à qui parler quand on commence à aller mal ou qu’on n’arrive plus à sortir de sa chambre. Ils peuvent aussi permettre de rester en lien avec sa famille et ses ami.e.s lorsqu’on est parti étudier loin de chez soi. Il existe un certain nombre d’applications qui permettent de trouver de l’information fiable et de contacter des lieux de soin : StopBlues, Lyynk, … La prévention au format numérique et communautaire, c’est possible !
- Dans quelles mesures la prévention est-elle intégrée au cursus de formation des étudiants en médecine ? Sont-ils préparés à être des acteurs de prévention ?
Inès : Étant actuellement en première cycle, mon ressenti pour le moment est que la prévention n’est pas spécialement enseignée, et que nous l’apprenons par nous-même. Cela dit, je pense que nous deviendrons d’avantage des acteurs de la prévention lors du deuxième cycle, avec l’externat et notamment l’internat : en se spécialisant, on spécialise aussi nos actions préventives.
Véronique : Longtemps parent pauvre des études de santé, la prévention s’est vue octroyer une place de choix dès 2018 grâce au Service Sanitaire. Tout d’abord formé.e.s aux pratiques de prévention / promotion de la santé, les étudiant.e.s en santé sont ensuite amené.e.s à créer leur propre action de prévention qui sera ensuite mise en œuvre par leurs soins dans des établissements accueillants du public et partenaires du service sanitaire. À terme, l’idée est de mieux intégrer la prévention dans les pratiques des professionnels de santé mais aussi de faire se côtoyer les jeunes des différentes filières pour créer l’interdisciplinarité qui est attendue plus tard en situation professionnelle. La Mutualité Française Bretagne est partenaire de ce dispositif en accueillant régulièrement des étudiants pour la mise en place d’actions de prévention dans des EHPAD mutualistes notamment, mais la Mutualité Française Bretagne est également impliquée dans le processus breton en participant au forum des services sanitaires, une belle occasion pour les étudiants de se mettre en situation d’animation et de bénéficier des retours de professionnels de la santé publique.