Illustration réalisée par Barbara Oudin du collectif La Vilaine.
Prendre soin de la santé mentale des jeunes : une responsabilité collective
La santé des jeunes est un enjeu majeur pour notre société. Derrière une génération connectée, engagée et créative se cachent aussi de réelles fragilités : anxiété, solitude, précarité, conduites à risque, difficultés psychologiques ou renoncement aux soins.
Les dernières données nous invitent à ne pas relâcher notre vigilance. Selon l’enquête nationale EnCLASS* 2024, 19 % des lycéens présentent un risque important de dépression et 20 % déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois. Les adolescentes et les jeunes femmes demeurent particulièrement exposées. Mais certains indicateurs s’améliorent, notamment le niveau général de bien-être et le sentiment de solitude. Ces évolutions contrastées nous rappellent qu’aucune fatalité ne doit s’imposer, à condition d’agir précocement et durablement.
Après avoir été déclarée Grande cause nationale en 2025, la santé mentale le demeure en 2026. Cette reconnaissance constitue une avancée importante. Elle doit maintenant se traduire par des moyens pérennes, un accès plus rapide aux professionnels, mais aussi par une politique ambitieuse de prévention et de promotion de la santé.
Car la santé mentale ne se résume pas à l’absence de maladie ou à la seule prise en charge médicale. Elle se construit aussi dans la famille, à l’école, à l’université, dans les relations sociales, le logement, les conditions matérielles d’existence et l’environnement numérique. Elle dépend de notre capacité collective à créer des milieux de vie accueillants, à lutter contre le harcèlement et les discriminations, à rompre l’isolement et à permettre à chacun de trouver sa place.
La philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury nous aide à penser cette responsabilité. Ses travaux montrent que reconnaître la vulnérabilité ne consiste pas à enfermer une personne dans sa fragilité, mais à lui redonner des capacités d’agir. Cette approche résonne fortement avec notre conception mutualiste : prendre soin, c’est écouter et accompagner, mais aussi donner à chacun les moyens de devenir acteur de sa santé et de sa vie.
À la Mutualité Française Bretagne, nous sommes convaincus de la nécessité d’agir en amont, au plus près des jeunes et avec eux. C’est pourquoi nous développons, avec nos partenaires, des outils innovants qui permettent d’aborder la santé mentale autrement et de renforcer les compétences psychosociales : savoir reconnaître ses émotions, demander de l’aide, coopérer, développer son esprit critique et faire face aux difficultés.
L’escape game « Silence Radio », présenté dans ce numéro, en est une belle illustration. Grâce à une expérience immersive, il facilite la parole, aide à repérer les signes de mal-être et encourage chacun à solliciter de l’aide ou à accompagner un proche. Il s’inscrit dans une palette plus large d’actions proposées par la Mutualité Française Bretagne : ateliers, outils pédagogiques, formations et accompagnement des professionnels et des acteurs de terrain.
Parce que les jeunes sont les premiers experts de leur quotidien, nous avons également souhaité leur donner la parole. Vous découvrirez dans ce numéro des témoignages d’étudiants et de professionnels de santé, l’initiative inspirante du collectif de la ZAP Askoria, ainsi que des ressources concrètes comme le Psykit, véritable boîte à outils pour prendre soin de sa santé mentale.
Certains chiffres nous donnent aussi des raisons d’espérer. Chez les étudiants interrogés par l’Université de Rennes, la consommation d’alcool au moins deux fois par semaine est passée de 23,5 % en 2014 à 12,5 % en 2024. Cette évolution encourageante nous invite à poursuivre les actions de prévention menées dans la durée, en proximité et sans jugement.
Prévenir, c’est donner des repères avant que les difficultés ne deviennent des ruptures. C’est ouvrir des espaces où la parole est possible. C’est faire reculer la stigmatisation et permettre aux jeunes de demander de l’aide sans honte. C’est enfin prendre soin de leurs conditions de vie et de leur avenir.
Plus que jamais, la Mutualité Française Bretagne poursuivra cet engagement aux côtés des jeunes, des mutuelles, des professionnels de santé, des établissements d’enseignement, des associations et des collectivités. Parce que prendre soin de la jeunesse, c’est prendre soin de notre avenir commun.
Je vous souhaite une excellente lecture.
Jocelyne Le Roux
Vice-présidente de la Mutualité Française Bretagne
Référente Prévention et Promotion de la Santé
*EnCLASS : Enquête nationale en collèges et en lycées chez les adolescents sur la santé et les substances.