Prévenir plutôt que subir : un choix de courage pour notre système de santé
Ces dernières semaines, en Bretagne, j’ai participé à plusieurs ateliers des États généraux de la santé et de la protection sociale. J’y ai entendu des professionnels engagés, des citoyens concernés, des acteurs de terrain lucides. Et, au fond, un même message, répété avec force : nous ne pouvons plus continuer ainsi.
Oui, notre système de santé tient encore. Mais il tient parce que des femmes et des hommes s’engagent chaque jour, souvent au-delà de leurs moyens. Il tient malgré les tensions, malgré les inégalités persistantes, malgré un modèle encore trop centré sur le curatif.
Et surtout, il tient en laissant de côté un levier essentiel : la prévention.
Je suis convaincue que le virage préventif est aujourd’hui notre plus grande responsabilité collective. Prévenir, ce n’est pas simplement éviter la maladie. C’est permettre à chacun de vivre mieux, plus longtemps, en meilleure santé. C’est agir sur l’alimentation, l’activité physique, la santé mentale, mais aussi sur les conditions de vie, l’environnement, le lien social.
Dans les ateliers, les attentes sont claires : accompagner davantage, informer mieux, intervenir plus tôt. Et les solutions existent déjà, sur le terrain. Je pense à ces groupes de parole, à ces actions avec les familles, à ces initiatives locales, souvent discrètes mais profondément utiles. Elles ont un point commun : elles fonctionnent. Mais elles manquent de reconnaissance, de structuration… et de moyens.
Car il faut le dire clairement : sans financement, il n’y aura pas de véritable politique de prévention.
Et c’est là que le débat doit changer de nature. Le financement de la santé n’est pas une variable d’ajustement. Ce n’est pas un problème technique. C’est un choix de société.
La Sécurité sociale n’a pas été pensée pour équilibrer des comptes, mais pour équilibrer la société. Elle porte une idée simple et puissante : chacun contribue selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. C’est un modèle de solidarité, un bien commun, un pilier de notre cohésion.
Alors quand j’entends parler de « contraintes budgétaires », je m’interroge. De quelles contraintes parle-t-on, quand des milliards d’euros échappent chaque année au financement de notre protection sociale ? De quels arbitrages parle-t-on, quand les besoins de santé, eux, ne cessent d’augmenter ?
En réalité, il n’y a pas de fatalité. Il y a des choix. Et aujourd’hui, le choix que nous devons faire est clair : remettre les besoins de santé au cœur de nos décisions.
Cela suppose d’investir dans la prévention, vraiment. Cela suppose aussi de défendre une certaine idée de la santé : une santé qui n’est pas une marchandise, un « prendre soin » qui n’est pas guidé par le profit.
C’est le sens de mon engagement, notamment au sein du mouvement mutualiste et de l’économie sociale et solidaire. Nous portons un modèle non lucratif, ancré dans les territoires, au plus près des besoins. Ce modèle a toute sa place dans les réponses à construire.
Les États généraux ont permis de faire émerger une parole collective forte. En Bretagne, elle est sans ambiguïté : nous voulons un système de santé qui anticipe plutôt qu’il ne répare, qui accompagne plutôt qu’il ne subit.
Maintenant, il faut transformer cette parole en actes.
Parce que derrière ces débats, il y a des réalités très concrètes. Des vies. Des parcours. Des fragilités. Et surtout, des espoirs.
À nous d’être à la hauteur.
Jocelyne Le Roux
Vice-présidente de la Mutualité Française Bretagne