Pour commencer, pouvez-vous nous présenter Kozh Ensemble ?
L’association a été créée en 2015 par des acteurs de la société civile qui voulaient réfléchir de manière transversale au vieillissement, en considérant qu’il n’était pas qu’un enjeu sanitaire. Notre rôle est de rassembler des acteurs de tout le territoire, citoyens, personnes âgées, aidants, associations, chercheurs, collectivités ou entreprises, pour travailler ensemble et construire des réponses aux enjeux du vieillissement en Bretagne. L’objectif, est d’être un espace de coopération, d’expérimentation et de partage des connaissances sur le territoire, pour permettre à toutes et à tous de pouvoir bien vieillir, quelles que soient leurs conditions.
En 2022, un cahier des charges national a été signé par le ministère de la Santé, qui définit ce qu’est un gérontopôle. La signature de ce cahier des charges a inscrit Kozh Ensemble comme le gérontopôle de Bretagne. Aujourd’hui, en France, il y a un gérontopôle par région ; quelques-uns sont encore en création dans les territoires ultramarins comme la Réunion, la Martinique et la Guadeloupe.
Quelles sont les priorités du Gérontopôle de Bretagne pour les années à venir ?
Il y a plusieurs axes :
- La question de la prévention avec la participation des personnes concernées, à savoir les personnes vieillissantes ;
- Les questions de précarité, qui, malheureusement, sont de plus en plus prégnantes ;
- Les questions de santé mentale et d’habitat ;
- Et la question de la vision du vieillissement dans la société française. Nous avons pour objectif de faire évoluer cette vision et de lutter contre les différentes formes d’âgisme.
La Bretagne est l’une des régions les plus concernées par le vieillissement démographique. Quelles particularités observez-vous sur notre territoire ?
Il y a effectivement une proportion de personnes âgées qui est supérieure à la moyenne nationale, avec un vieillissement qui est surtout marqué sur le littoral et dans certaines zones rurales, notamment le Centre-Bretagne.
Parmi ces personnes âgées, il y a celles qui ont grandi en Bretagne, ou qui y sont depuis des années, qui vieillissent et restent en Bretagne. Mais il y a aussi des retraités d’autres régions qui sont attirés par la Bretagne pour sa qualité de vie, notamment climatique, et qui viennent y passer leur retraite.
La situation est évidemment différente si nous parlons des métropoles de Rennes et de Brest, mais dans tous les cas, il y a un vieillissement marqué sur toute la région avec des chiffres qui sont impressionnants : l’INSEE estime queplus de 40 % de la population bretonne aura plus de 60 ans en 2050. Actuellement, nous sommes à 32 % de plus de 60 ans en Bretagne.
Et pour illustrer ce que cela va représenter dans les métropoles, à Rennes, la part des plus de 85 ans va augmenter de plus de 100 % d’ici 2050 ; à Brest, nous sommes plutôt autour des 80 % d’augmentation des plus de 85 ans d’ici 2050.
De quelle façon le monde mutualiste et les mutuelles travaillent-ils avec le gérontopôle breton ?
Parmi nos membres fondateurs, nous avons des représentants d’Harmonie Mutuelle, qui font partie de notre conseil d’administration, mais également des personnes de VYV 3 qui font partie de notre bureau depuis des années.
La Mutualité Française Bretagne, fédération des mutuelles santé, est quant à elle, est adhérente à Kozh Ensemble.
Je pense que nous partageons la même conviction, à savoir l’importance de la prévention, de la solidarité et de l’accès aux soins pour toutes et tous, peu importe sa situation.
Nous sommes convaincus qu’au vu de la situation, nous devons renforcer nos collaborations, mieux sensibiliser aux enjeux du vieillissement et expérimenter des choses, ensemble, sur les territoires.
- Comment se positionne le gérontopôle face aux besoins de prévention pour les personnes âgées en Bretagne ?
Il y a une vraie volonté, pour nous, de sortir de la logique de la gestion de la dépendance pour aller vraiment vers la prévention. Nous travaillons beaucoup là-dessus avec l’ARS Bretagne et les acteurs du territoire, notamment autour du dispositif ICOPE.
Nous travaillons également sur la question du vieillissement et du changement climatique, notamment avec un cycle d’ateliers destinés aux plus de 60 ans. Nous sommes en train de terminer la conception d’un kit d’animation complet sur cette thématique à destination des acteurs bretons.
En termes de prévention, nous travaillons également sur la question des maltraitances en fin de vie. Nous avons organisé deux journées régionales en 2025 et 2026 sur cette question. Nous développons actuellement des formats plus courts, plus variés, qui permettront d’être proposés à différents endroits du territoire, comme des cafés philos, des cafés mortels, des ateliers sur les directives anticipées,etc en croisant toujours les regards des professionnels, des aidants et des citoyens âgés.
L’observatoire de la santé au travail, réalisé par la Mutualité Française en 2023* mettait en évidence que près d’un salarié sur deux n’est plus en emploi avant son départ à la retraite ; cela traduit un monde du travail, en France sans doute mal adapté au vieillissement des actifs. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Cela reste malheureusement toujours d’actualité. Le gouvernement recule l’âge de la retraite sans réfléchir ni prendre en compte les besoins et spécificités des salarié·e·s les plus âgé·e·s. Il y a évidemment des questions d’usure professionnelle, de pénibilité dans certains emplois et de santé mentale, mais il y a aussi un enjeu de réflexion autour de la transmission des connaissances et compétences des salarié·e·s plus âgé·e·s, aux plus jeunes. Si un salarié sur deux n’est plus en emploi avant sa retraite, cela pose évidemment la question de l’image des personnes vieillissante sur le marché de l’emploi, dans les entreprises…
Il ne faut pas non plus oublier, que parmi ces salarié·e·s les plus âgé·e·s, il y a un certain nombre d’ aidant·e·s. Le chiffre est assez marquant : d’après France Travail, d’ici 2030, il y aura un·e salarié·e sur quatre qui serait aidant·e.
La filière des personnes âgées souffre notamment de problèmes d’attractivité des métiers. Cette problématique est-elle étudiée par le gérontopôle ? Quels leviers peuvent être activés ?
Oui, nous y travaillons activement et de plusieurs façons. Il y a évidemment les questions d’améliorations des conditions de travail, de la formation, de la rémunération, etc. Mais il y a aussi la question de la reconnaissance sociale de ces métiers, qui sont essentiellement féminins, et qui souffrent donc d’une forte dévalorisation.
Beaucoup considèrent que les aides à domicile par exemple, sont des personnes qui ne font que le ménage, or, c’est un métier beaucoup plus complexe et polyvalent, qui demande de nombreuses compétences.
Cela souligne, une fois de plus, le rapport collectif au vieillissement dans notre société, et donc l’âgisme. Puisqu’il y a plein de préjugés et de discriminations qui sont fondés sur l’âge, cela invisibilise forcément les professions associées.
C’est pour cela que nous devons absolument repenser notre regard sur le vieillissement. C’est dans cette perspective que nous avons travaillé avec des chercheurs de Rennes 2 en sociolinguistique et des sociologues d’Askoria sur un projet de recherche participatif sur les représentations des métiers du grand âge. L’objectif est d’aller interroger toute la société de l’enfance aux personnes âgées sur leur perception de ces métiers. Ce projet en attente de financement, pourrait commencer en janvier 2027 pour une durée de trois ans.
Camille Galliard-Minier, ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées, souhaite réunir fin septembre, une conférence nationale de l’autonomie (CNA) qui « préparera les décisions de programmation pour la période 2027-2050 ». Comment appréhendez-vous cette CNA ?
Nous allons suivre cette conférence avec intérêt. Mais pour rappel, il y a déjà eu plusieurs annonces autour d’un plan grand âge qui ont finalement été reportées. Donc nous allons suivre attentivement, en espérant que cette fois-ci ce sera une véritable opportunité de remettre ces questions au cœur du débat public et d’avoir une vision à long terme sur le sujet.
Nous sommes dans des logiques assez similaires avec la transition écologique, nous avons besoin d’un changement profond de regard et de façon de faire pour traiter des questions comme le financement, l’attractivité des métiers, la prévention, les nouvelles formes d’habitat, la lutte contre l’âgisme, etc. Nous aurons une attente particulière également, à la prise en compte des personnes concernées : les personnes âgées et les professionnel·le·s qui gravitent autour.