Pouvez-vous nous présenter le rôle du Pays COB en matière de santé ?
Le rôle principal du Pays COB est de détecter les problématiques très en amont. C’est pour cela que nous avons une commission santé ouverte et citoyenne. Une fois les problématiques détectées, il y a une phase d’investigation et une phase de proposition. Trois personnes sont salariées sur les enjeux santé au Pays COB, une pour chacune des thématiques suivantes : l’offre de soin et la coordination, la Prévention et la Promotion de la Santé, et la Santé mentale.
C’est aussi grâce aux travaux de la commission que la suspension des activités de maternité et de chirurgie à l’Hôpital de Carhaix a pu être évitée en 2008.
- Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux de santé identifiés sur le territoire du Pays COB par les communes et les intercommunalités ?
Malgré nos efforts considérables à toutes et tous, nous connaissons toujours des problèmes de démographie médicale et d’accès au soin.
Sur le territoire du Pays COB il n’y a qu’un seul établissement de médecine, de chirurgie et d’obstétrique, c’est l’Hôpital de Carhaix. C’est pour cela qu’il était primordial que nous conservions cet hôpital, car il n’y a pas d’autre alternative.
Parmi cette difficulté d’accès au soin, celle que nous observons le plus concerne les dentistes.
- Comment y répondez-vous ? L’innovation est-elle au centre des solutions envisagées ?
Nous avons travaillé avec l’Université de Bretagne Occidentale, plus particulièrement avec la Faculté d’Odontologie, le CHRU de Brest et l’ARS sur un projet de fauteuils dentaires à l’Hôpital de Carhaix. Ce projet a démarré avec 2 fauteuils en 2021 et il va être complété par 3 nouveaux fauteuils d’ici fin 2026.
Les fauteuils sont installés à l’Hôpital de Carhaix et encadrés par des dentistes seniors de l’Université de Bretagne Occidentale. Des internes de sixième année y viennent également pour se former. Ces fauteuils sont essentiellement destinés aux personnes les plus éloignées du soin, celles qui ont des difficultés économiques ou de mobilité.
Pour rappel, je peux également souligner que toutes les maisons de santé pluridisciplinaires du Pays COB sont à l’initiative des collectivités locales. Ces maisons de santé sont donc pensées afin de pouvoir accueillir certaines professions, notamment les dentistes. Cela permet aux nouveaux dentistes de ne pas assumer la charge de l’aménagement du cabinet et donc de faciliter leur installation.
Nous avons également observé que les jeunes soignant·e·s avaient tendance à favoriser l’exercice collectif et non l’exercice individuel, les nouvelles maisons de santé répondent donc aux attentes des nouvelles générations.
La Maison Médicale de Garde (MMG) qui est adossée aux urgences de l’Hôpital de Carhaix, est gérée par les médecins du Pays COB qui assurent le tour de garde les week-end et jours fériés. Ce système permet également d’attirer les nouvelles générations.
Le Pays COB est également en zone France Ruralités Revitalisation (FRR), ce qui octroie une exonération d’impôts sur le revenu pendant cinq ans, puis des réductions d’impôts pendant trois ans pour les nouveaux professionnels de santé.
- À l’aube des élections municipales, quelles sont les principales préoccupations des habitants du Pays COB en matière de santé ?
Les habitants du Pays COB sont préoccupés par trois questions majeures :
- Comment fais-je pour trouver un médecin quand j’en ai besoin rapidement ?
À cela, je peux répondre qu’il ne faut pas oublier qu’en journée et la semaine, si le médecin traitant n’est pas disponible, il y a deux urgentistes dédiés à la ligne fixe de l’Hôpital de Carhaix. Ils sont accessibles sans avoir besoin de faire le 15. Dans les cas lourds, si on ne parvient pas à voir de médecin, cela permet une réponse de sécurité.
- Où est-ce que je trouve un médecin traitant ?
En effet, dans le Pays COB, il y a plusieurs milliers de personnes qui sont sans médecins traitants. Beaucoup de médecins sont partis en retraite et n’ont pas été remplacés. Certains médecins du territoire sont en accès libre, c’est-à-dire qu’ils acceptent les patients qui n’ont pas de médecins traitants.
De manière générale, il est possible d’être soigné dans un délai raisonnable sur le territoire.
- Comment est-ce que je trouve un dentiste ?
À cette question, il est plus difficile de répondre, il n’est pas évident de trouver un dentiste sur le Pays COB. Plus largement, il est également difficile de trouver un spécialiste de second recours.
Désormais, notre objectif est d’aller plus loin, en incitant les maisons de santé à déployer des cabinets secondaires dans les communes qui n’ont pas de médecins. Cela permettra d’aller-vers les communes, et vers les patient·e·s, afin de décentraliser l’offre.
- La question de l’accès aux soins est centrale dans de nombreux territoires. Pour la Mutualité Française, la santé est un bien commun qui repose sur le principe de solidarité. Nous dénonçons notamment la financiarisation de la santé. Qu’en pensez-vous ?
Il y a de nombreux problèmes de précarité dans le Pays COB (isolement, économique, mobilité). La difficulté d’accès au soin fragilise d’ores et déjà les personnes les plus vulnérables. Alors, financiariser le système, cela revient à fragiliser encore plus ces personnes. L’équité d’accès au soin, c’est le contraire de la financiarisation. S’il n’y a pas un accès à des soins dignes et sécures sur le territoire, qui ira chercher ce soin loin du territoire ? Le retard de soin, c’est très pénalisant, mais qu’est-ce qu’il y a de plus dangereux et silencieux que le renoncement au soin ?
- Le Pays COB développe-t-il des actions de prévention ou de promotion de la santé à l’échelle communale ou intercommunale ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets ?
En 2025, le Pays COB a mené plusieurs actions par l’intermédiaire de ses CLS (Contrat Local de Santé). Ces actions concernent essentiellement les thématiques suivantes : la santé environnementale, l’alimentation, les addictions, les violences intrafamiliales et les personnes âgées.
Concernant la santé environnementale, nous avons organisé un café « biodiversité » en mai et un temps fort à destination des collégiens et du grand public, sur les perturbateurs endocriniens le 9 octobre. Nous avons eu plus de 200 participants sur la journée.
Un mois de la santé a également été organisé avec la programmation de 8 ciné-débats sur des thématiques de santé identifiées comme prioritaires sur le territoire : 4 ciné-débats étaient grand public et 4 ciné-débats à destination des scolaires.