Hériter pour agir dans l’ESS
Le 8 mars est à la fois une journée de mémoire, de mobilisation et de reconnaissance.
C’est un temps pour se souvenir de celles qui ont ouvert la voie, souvent dans l’ombre, toujours avec détermination. C’est aussi un moment pour mesurer l’héritage qu’elles nous ont transmis et la responsabilité qui en découle.
C’est dans cet esprit que l’ouvrage de Scarlett Wilson-Courvoisier, Le Matrimoine, prend tout son sens cette année.
Ce livre rend hommage à 99 femmes des XIXᵉ et XXᵉ siècles qui, par leurs actions, leurs écrits et leurs engagements, ont contribué à faire émerger et à structurer l’Économie sociale et solidaire dans toutes ses dimensions – associative, coopérative et mutualiste. Trop souvent invisibilisées, ces pionnières ont pourtant posé les fondations d’un modèle économique plus juste, plus humain, profondément ancré dans les valeurs d’émancipation et de solidarité.
Nous leur devons les premières écoles maternelles, des établissements de soin et de réhabilitation pour les plus vulnérables, la création de nouveaux métiers du social et du médico-social. Nous leur devons aussi des avancées décisives pour les droits des femmes : le droit de vote, le droit à la parole, l’autonomie, la contraception, la liberté de disposer de leur corps.
Face à des mentalités patriarcales et à un conservatisme persistant, elles ont eu l’audace de transformer la société et d’inventer d’autres manières d’entreprendre et de vivre ensemble.
Leur matrimoine n’est pas un héritage figé. Il est vivant. Il nous invite à poursuivre leurs combats, à faire entendre leurs voix et à reconnaître pleinement la place essentielle des femmes dans la société en général, et dans la construction de l’ESS d’aujourd’hui et de demain en particulier.
Reprendre aujourd’hui le flambeau est d’autant plus nécessaire que les associations féministes traversent une période de fragilité, tandis que les réseaux et mouvements masculinistes gagnent en visibilité et en influence. L’égalité femmes-hommes n’est jamais définitivement acquise : elle se construit et se défend chaque jour.
Nous devons également veiller à ce que notre modèle d’Économie sociale et solidaire soit exemplaire en matière d’égalité. Cela suppose des engagements concrets, des pratiques cohérentes et une vigilance collective. À ce titre, nous soutenons pleinement le travail engagé par ESS France pour faire progresser les bonnes pratiques, renforcer l’inclusion et promouvoir l’égalité femmes-hommes au sein de son écosystème.
À la Mutualité Française Bretagne, nous poursuivons notre action avec conviction. À travers notre service prévention, nous rappelons que la santé est un droit pour toutes et tous. Le succès de notre escape game « À la conquête de la santé des femmes » témoigne de l’importance de ces enjeux et de l’intérêt qu’il suscite.
Notre commission MutElles continue de mettre en lumière des parcours inspirants et de créer des espaces de dialogue et d’engagement. Nous saluons également la création, en 2025, du Living Lab Santé des femmes par Ophélie Carta et la professeure Krystel Nyangoh Timoh, qui ouvre de nouvelles perspectives en matière d’innovation et de recherche au service de la santé des femmes.
Il nous appartient désormais d’écrire la suite.
Peut-être, demain, un second volume viendra-t-il compléter celui de Scarlett Wilson-Courvoisier, pour mettre en lumière les militantes et bâtisseuses du 21ème siècle.
À nous de faire en sorte que cet héritage continue de vivre et à nous de continuer à agir.
Jocelyne Le Roux
Vice-présidente de la Mutualité Française Bretagne