Illustration de Sarah Lazarus du collectif La Vilaine.
« SANTÉ, Monsieur ou Madame le Maire ! »
Les 15 et 22 mars prochains se dérouleront les élections municipales en France, dans un contexte inédit. Nombre d’enquêtes, de livres, de témoignages se succèdent pour souligner la grande difficulté d’être maire aujourd’hui[1]. Du jamais vu depuis le début de la 5ème République : plus de 6% de démissions depuis 2020 ! Et la Bretagne n’est pas en reste [2].
Et pourtant, ce maillon municipal reste le premier maillon de notre démocratie. À l’heure où notre société est en perte de confiance vis-à-vis de ses institutions, le maire demeure l’ultime recours et le responsable politique le plus fiable. Il est en prise directe avec les besoins de ses administrés, toujours plus exigeants… et toujours plus mécontents ! Un maire ne peut alors négliger la question de la santé, qui figure toujours en tête des préoccupations des Français – avec la question des inégalités – [3]et ce, même si elle ne relève pas de ses compétences obligatoires. Les attentes sont fortes, notamment en ce qui concerne l’accès aux soins, enjeu majeur de la cohésion sociale et territoriale, et elles se font clairement entendre en cette période pré-électorale[4]. Comment pourrait-il en être autrement quand, pour des millions de citoyens, se soigner relève aujourd’hui d’un véritable parcours du combattant. Le dernier baromètre santé-social publié par la Mutualité Française et l’Association des Maires de France donne ce chiffre : en 2025, près des deux tiers des Français (65%) déclarent avoir dû renoncer à des soins au cours des 12 derniers mois ! Ce baromètre apporte aussi des clés de compréhension en produisant par exemple, des cartes actualisées sur la démographie des médecins généralistes ou bien encore sur la présence de zones dites «rouges », c’est-à-dire des zones à offres de soins très insuffisante déterminées à partir de l’indice de vulnérabilité (La Bretagne en compte deux). Il aborde également la question de la santé mentale et de la santé environnementale, qui font partie de notre actualité aujourd’hui, bref, fournit des données intéressantes, éclairantes, indispensables même pour de nouvelles équipes municipales, décidées à traiter des problématiques de leur territoire[5] !
Assurément, la tâche qui les attend est lourde et complexe. Mais elles doivent savoir qu’outre la publication du dernier baromètre santé-social déjà mentionné, la Mutualité Française est à leurs côtés pour proposer des solutions concrètes aux problèmes rencontrés. À travers ses établissements et leur développement, acte majeur de lutte contre la financiarisation de notre système de santé, ou bien encore à travers ses actions de prévention (des maladies cardio-vasculaires, des polluants internes…), de formation (premiers secours en santé mentale…) ou bien encore en cherchant ensemble une solution pérenne pour la couverture santé de personnes vulnérables, plus satisfaisante que celle des mutuelles communales, qui ne saurait être considérée comme une fin en soi.
Nulle nécessité d’être grand devin pour comprendre que nous sommes à l’aube d’une nouvelle organisation de la santé sur laquelle les nouvelles équipes municipales peuvent être interpellées… mais précisons peut-être qu’elles ne peuvent pas faire tout, toutes seules, et que notre système de protection sociale, bâti il y a 80 ans, doit aujourd’hui se réinventer en tenant compte, le plus possible, de la parole des citoyens. La démarche des États généraux de la santé, lancée par la Mutualité Française et ses partenaires en novembre 2025, répond précisément à cette volonté. À nos candidats et candidates, et à nos futurs élus ou futures élues de se saisir de cette occasion unique[6]. Nous les attendons. Les voilà invités. «Santé, Monsieur ou Madame le Maire » !
Corinne Olaondo
Vice-présidente de la Mutualité Française Bretagne
[1] Luc Chatel : Qui veut la peau des maires en France ? 2024
Cécile Pouponneau : Maires , le grand gâchis 2025
Martial Foucault : Maires au bord de la crise de nerfs 2020
Jean-Pierre Bedei et Annabel Roger : l ‘écoeurement des maires 2026
[2] À noter : 11 maires ont démissionné depuis 2020 dans le Morbihan.
[4] À Lannion, la création d’un centre municipal de santé avec des médecins salariés par la Ville est au cœur de la bataille municipale. À Concarneau, le comité de défense de l’hôpital interpelle l’ensemble des candidats.
[5] Le baromètre santé-social paru en novembre 2025 est accessible sur le site de la Mutualité Française.
[6]Le questionnaire est ouvert jusqu’au 17 février avant d’être suivi d’ateliers dans différentes villes de Bretagne .