Très bonne année à toutes et à tous. Tous mes vœux pour 2026. Plus précisément, que puis-je vous souhaiter ? Que puis-je nous souhaiter ?
De la joie ! De la joie ? Pourrais-je raisonnablement intituler cet édito : « Y’a d’la joie » pour reprendre le titre d’une célèbre chanson ? Au regard du contexte géopolitique, économique, social, pas folichon, non ! Je partage le triste constat qu’ESS France formule dans l’introduction de sa stratégie nationale : « La France affronte une époque dangereuse : menaces sur la sécurité du continent, offensives politiques contre les modèles démocratiques, accroissement des inégalités, dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité, etc. » Dans notre écosystème, nous pouvons également déplorer que le Gouvernement ait choisi d’assécher les solidarités dans son projet de loi de finances 2026 initial et de mettre à mal notre contrat social, en baissant les crédits alloués à l’ESS de 25% et en réduisant de 5 milliards d’euros les budgets des collectivités territoriales. Nous pouvons aussi nous inquiéter de la financiarisation croissante de la santé et condamner fortement la nouvelle taxe de 2,05% applicable aux complémentaires santé dès ce début d’année, assortie d’une injonction du gel de leurs tarifs pour 2026. Donc, non, ce n’est pas la joie !
En revanche, je trouve bien de vous [nous] inviter à cultiver « l’art de la joie », titre d’un roman saisissant qui rencontre depuis 2005 un vif succès auprès du grand public. Son auteure, Goliarda Sapienza, considère que le bonheur relève d’un art qui se peaufine jour après jour. L’auteure ou son héroïne, Modesta, construit ainsi sa joie petit à petit, en se confrontant aux discriminations qui structurent la société. Dans un autre ouvrage, Goliarda Sapienza proclame : « La vie est combat, rébellion et expérimentation, voilà ce dont tu dois t’enthousiasmer jour après jour et heure après heure ». Nous pouvons sans doute nous emparer de cette assertion.
C’est d’autant plus important de prôner l’art de la joie, que nous constatons aujourd’hui chez nombre de jeunes, une crise de la joie au sens où une part plus importante de jeunes de 16 à 29 ans, depuis 2020, souffre d’une incapacité à ressentir des émotions positives dans des situations jusqu’ici considérées comme plaisantes. Ce trouble s’explique par l’exposition prolongée à des environnements hyper-stimulants tels que les réseaux sociaux, mais aussi par l’isolement social et le stress. Pour en savoir plus, je vous conseille d’écouter le podcast de la journaliste et chroniqueuse Mathilde Serrell « Dopamine partout, joie nulle part ? Un monde nouveau ».
Donc, oui, cultivons l’art de la joie ! Nous, acteurs de la prévention, pouvons le faire en continuant à éduquer à la santé et à la citoyenneté. Le travail autour du développement des compétences psychosociales y participe. Nous pouvons également y contribuer en continuant à adapter nos actions de prévention, de communication, aux publics vulnérables et en privilégiant l’ « aller vers ». Nous, délégués mutualistes, avec vous, militants associatifs, élus locaux, pouvons également tendre vers cet art de la joie car cela permet de poursuivre notre engagement en faveur d’un autre modèle de société, plus durable, plus solidaire. Nous vous inviterons, dans les semaines à venir, à participer activement à des débats dans le cadre des Etats généraux de la santé et de la protection sociale, initiés par la Mutualité Française et six autres membres fondateurs, afin de coconstruire les solutions de demain. Cultivons l’art de la joie pour bâtir un futur désirable.
Inspirons-nous des vœux d’Eric Chenut, Président de la Mutualité Française : « [Conservons] l’espoir quoiqu’il arrive ». En 2026, « Soyons simplement des citoyens heureux d’agir pour soi et pour les autres ». Bonne année 2026
Fabienne Colas
Présidente de la Mutualité Française Bretagne