La Région : un acteur santé en Bretagne

Après 18 mois de concertation, la Région Bretagne a sorti sa nouvelle feuille de route santé qui définit pour la période 2025-2029, le positionnement et les grandes orientations stratégiques de la Région Bretagne. Rencontre avec Delphine Alexandre, Vice-présidente du Conseil Régional en charge de l’eau et de la santé.

La Région Bretagne vient d’adopter une nouvelle feuille de route santé. Quels en sont les grands objectifs et en quoi marque-t-elle une évolution par rapport aux orientations précédentes ?

La feuille de route santé de la Région Bretagne a une ambition et une volonté politique très affirmées : que l’enjeu de santé soit le fil rouge et la ligne transversale de toutes les politiques régionales, avec l’objectif de réduire les inégalités sociales et territoriales de santé.

Nous avons souhaité lui donner un premier axe qui n’existe pas ailleurs : celui de porter la voie des territoires afin d’avoir une orientation politique vraiment engagée et claire.

Et un deuxième axe, qui est d’agir sur les déterminants de santé sur toutes nos compétences régionales. Donc notre feuille de route, elle est structurée sur ces deux axes : le pouvoir de dire avec l’axe 1 et le pouvoir de faire avec l’axe 2.

Ce pouvoir de faire s’organise autour de quatre orientations :

  • La Région protectrice du vivant,
  • La Région agit pour l’accès aux soins,
  • La Région agit pour le bien-être et le vivre-ensemble,
  • La Région recherche et innove en faveur de la santé.

Cette évolution est importante, elle nous permet d’assumer pleinement notre rôle en matière de santé : la prévention, la promotion de la santé, l’animation territoriale et l’innovation. Bien sûr, tout cela se fait en complémentarité et en cohérence aussi bien avec l’État qu’avec les collectivités locales.

Il est question de placer la santé du vivant au cœur des politiques (démarche One Health). La Bretagne est une région très exposée aux pesticides et les syndicats agricoles y sont puissants. Comment comptez-vous procéder ?

Nous avons fait le choix de cette approche One Health, qui considère la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes, comme indissociables et interdépendantes.

En Bretagne, c’est vrai que les conditions pédoclimatiques et les choix politiques antérieurs font de la Bretagne une terre très agricole. Donc, concrètement, nous veillons à agir dans notre champ de compétences, tout en étant attentifs à ne pas stigmatiser les agriculteurs.

Pour ce faire, il y a d’abord un volet connaissance, afin d’objectiver la situation, les enjeux, les impacts et accompagner les transitions en soutien aux territoires.

Il y a également un volet de dialogue, afin d’appeler aux acteurs locaux, de formation, de recherche, de diffusion des connaissances, notamment via le PRSE (Plan Régional Santé Environnement), sur lequel nous sommes copilotes, avec l’appui de l’ORS (observatoire Santé Bretagne) et l’OEB (Observatoire Environnement Bretagne).

Nous sommes donc vraiment vigilants sur le fait de ne pas désigner de responsable, mais de réduire collectivement les expositions évitables, pour améliorer durablement la santé des Bretonnes et des Bretons. Et c’est une feuille de route qui a été construite avec le service agriculture et avec la direction de l’environnement de la Région, pour être le plus cohérent possible au niveau des politiques publiques.

La santé mentale est reconduite comme grande cause nationale en 2026, est-il prévu des actions particulières à ce sujet ?

Notre engagement est poursuivi et renforcé, notamment à travers l’accompagnement des CLS (Contrat Local de Santé), qui sont des outils pour agir au plus près des territoires.

J’estime que ces espaces de concertation et d’élaboration territoriaux sont extrêmement importants parce que nous n’avons pas d’expertise plus fine que celle qui existe directement sur le territoire, à partir de ces acteurs. Nous mobilisons donc 20 000 € par an en 2025 et en 2026 pour accompagner les CLS sur ces enjeux.

Au niveau régional, nous avons une compétence sur la jeunesse, mais aussi sur les publics en insertion ainsi qu’une vigilance très forte sur les territoires les plus fragiles. Nous avons constitué au niveau régional, une carte qu’on appelle « carte des capacités » qui permet vraiment d’objectiver les territoires qui sont le plus en situation de vulnérabilité, sur lesquels nous portons donc une attention très vive.

À partir de cela, nous agissons là où nous sommes légitimes, c’est-à-dire dans les lycées, auprès des jeunes dans les initiatives locales. Cela peut-être, par exemple dans les PAEJ, Point Accueil Écoute Jeunes, en participant à la mise en réseau et aux diffusions de bonnes pratiques. En Bretagne, il y a 19 PAEJ, qui ont accueilli plus de 6 000 jeunes dans toute la Bretagne en 2024. Il y a également le dispositif Corres’Santé, qui accompagne des jeunes volontaires breton·ne·s dans la promotion de la santé de leurs pairs, notamment du bien-être psychique, pour un montant de plus de 500 000 euros sur trois ans.

 

La Région Bretagne prépare son budget 2026 avec 40 millions d’euros en moins, quels seront les impacts pour la feuille de route santé ?

Alors effectivement, l’élaboration du budget a été pour le moins laborieuse, je dirais même, parfois douloureuse. Pour autant, la feuille de route santé constitue vraiment notre cap politique. Il ne s’agit pas simplement d’une addition de lignes budgétaires, nous veillons à maintenir notre capacité d’action pour que ce soit cohérent avec nos ambitions, en priorisant les actions à fort impact, en appui aux dynamiques territoriales existantes, parce que plus nous arrivons à fédérer un grand nombre d’acteurs, plus nous assurons la stabilité de nos politiques publiques. Nous veillons donc à appuyer les dynamiques territoriales existantes, mais également à privilégier les dispositifs fiables et robustes. Parce que la santé, c’est vraiment un investissement de long terme, qui garantit aussi la cohésion sociale et territoriale.

Les acteurs de l’économie sociale et solidaire, dont les mutuelles, sont fortement engagés dans les politiques de santé. Quelle place leur est donnée dans cette nouvelle feuille de route ?

Ils sont tout à la fois : partenaires, opérateurs et innovateurs des politiques de santé régionales. Nous nous appuyons vraiment sur leur expertise de terrain, nous avons eu beaucoup d’échanges avec les mutuelles qui ont d’ailleurs participé de façon extrêmement active à l’élaboration de la feuille de route. Nous nous sommes appuyés sur leur capacité à agir au plus près des publics et sur leur rôle historique en matière de prévention, d’accès aux soins et de solidarité. Le déploiement de la feuille de route va rester dans cette logique de co-construction, puisqu’on va structurer une instance partenariale de suivi de sa mise en œuvre avec les mutuelles.

À l’horizon 2030, comment aimeriez-vous que l’on parle de la politique santé de la Région Bretagne ? Quel changement tangible espérez-vous avoir contribué à produire ?

L’ambition serait qu’on parle de la politique Santé de la Région Bretagne comme d’une politique régionale, à la fois pertinente, lisible et qui soit proche des territoires. Cet ancrage territorial compte beaucoup pour nous. Nous voulons également réduire les inégalités quelles qu’elles soient : sociales, territoriales, mais aussi de genre. Soutenir les solutions concrètes là où les besoins sont les plus forts. Être un laboratoire d’innovation qui contribue ensuite à l’essaimage de ces innovations sur les territoires. Enfin, garantir que les acteurs locaux se sentent accompagnés, supportés, étayés dans leurs actions, et qu’ils se sentent moins isolés par rapport aux enjeux de santé.