Adolescentes et sport : le grand décrochage

La MGEN a publié une étude sur le décrochage sportif des jeunes filles à l’adolescence. Virginie Péron, Présidente du comité départementale MGEN d’Ille-et-Vilaine depuis 2024 et élue de la Mutualité Française Bretagne depuis 2022, revient avec nous sur les grands constats de cette étude.

La MGEN a récemment publié une étude consacrée aux adolescentes et au sport. Pourquoi avoir choisi de vous pencher spécifiquement sur ce public ?

Il y a une vraie volonté au niveau de la MGEN d’assumer notre rôle d’acteur de mouvement social, notamment autour des sujets de l’égalité femmes-hommes. Le sport étant un enjeu de santé majeur, nous avons décidé de nous intéresser à cette thématique.

Quels sont les enseignements majeurs que vous retenez de cette étude ?

Pendant des décennies, nous avons observé le désinvestissement des jeunes filles dans le sport à travers le prisme seul du désinvestissement personnel. C’est pour cela que les chiffres de cette étude ont été une vraie onde de choc.

Nous nous sommes rendu compte que 49% des jeunes filles arrêtaient le sport avant 15 ans, soit 6 fois plus que les garçons. Ce décrochage sportif s’observe à partir de l’âge de 13 ans.

Nous avons pu relever quatre freins principaux :

  • La pratique sportive aujourd’hui ignore complètement le corps de la femme. Les règles qui ont régi l’enseignement sportif ont été pensées pour un corps masculin que l’on appelle, « le corps constant », mais la biologie féminine ne fonctionne pas comme cela, elle n’est pas « constante ». Or, 55% des adolescentes estiment que les règles les empêchent de pratiquer et malheureusement, les entraîneurs ne le prennent pas toujours en compte.
  • La pression sociale : le corps n’est plus seulement un outil pour se mouvoir, mais il devient un objet qui est observé et évalué. 71% des jeunes filles se sentent jugées sur leur apparence. 55% d’entre elles trouvent que leur corps ne correspond pas à l’image des sportives véhiculée sur les réseaux sociaux.
    Cela est accru par un sentiment d’insécurité : 42% des adolescentes ont déjà subi des comportements déplacés dans le cadre de la pratique sportive (regards, comportements appuyés d’entraîneurs, etc.).
  • La question de l’accessibilité: quand on veut faire du sport en tant que jeune fille, il faut être une championne de l’organisation. Les sections féminines étant plus rares, elles sont plus difficiles à trouver à proximité, elles doivent donc faire beaucoup de kilomètres pour y aller, et cela, sur des horaires plus tardifs.
  • Une culture de la compétition fortement dissuasive. Aujourd’hui, un adulte de 40 ans qui veut s’initier au tennis sera très bien accueilli, mais c’est beaucoup plus compliqué pour une jeune fille d’essayer un nouveau sport. Il y a un espace oublié entre celui de la grande compétition et le simple loisir, l’injonction à la progression permanente, au lieu de motiver, finit par créer la peur de régresser. Le sport devient une nouvelle forme d’évaluation et perd sa fonction d’équilibre et d’épanouissement chez beaucoup de filles.

 

En quoi cette baisse de pratique sportive constitue-t-elle un enjeu de santé publique ?

La sédentarité est un vrai enjeu de santé publique, et on constate qu’elle s’installe dès l’enfance et l’adolescence. Plus les plus jeunes passent leur temps assis, sans bouger leur corps, plus c’est quelque chose qu’ils vont reproduire à l’âge adulte.

Il est donc important de faire en sorte que les jeunes filles poursuivent leur pratique sportive, pour éviter qu’elles soient sédentaires en grandissant.

Selon vous, en quoi cette question dépasse-t-elle le simple cadre du sport pour toucher plus largement à l’égalité femmes-hommes ?

L’abandon du sport par les adolescentes, ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas une question hormonale, c’est avant tout une question de logistique et de société. C’est pour cela que ce combat s’intègre dans la lutte pour l’égalité femmes-hommes.

Comment la MGEN s’engage-t-elle concrètement pour accompagner cette problématique ?

La MGEN souhaite œuvrer dans le changement de la pratique sportive auprès des jeunes filles. Cela passe par plusieurs projets :

  • Le programme MGEN Championnes Club : à travers un appel à projets pour soutenir la pratique sportive féminine. La MGEN soutient 40 clubs partout en France en basketball, football et handball. À la clé, chaque joueuse a une tenue complète de match aux couleurs du club. Pour faire écho à nos autres engagements, les tenues sont éco-responsables.
  • L’édition d’une BD intitulée « Pas sans elles ». Chaque semaine depuis le 1eroctobre, des extraits de la bande-dessinée inédite “Pas sans elles” sont publiés dans le magazine L’Équipe, visant à mettre en lumière les autres obstacles rencontrés par les jeunes femmes dans leur pratique sportive.

Le sport féminin est un point important de la feuille de route de la région. La MGEN Bretagne est actuellement en train de se rapprocher du cercle Paul Bert.